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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 10:40

      Prix Fémina étranger 2012,  ce court roman de l'auteure américaine Julie Otsuka décrit sous une forme chorale les existences de  Japonaises au début du XXème jusqu'à la seconde guerre mondiale.
      Les titres des  chapitres donnent une idée de leur parcours:  Bienvenue, Mesdemoiselles japonaises - La première nuit- Les Blancs- Naissances- Les enfants-traîtres- Dernier jour - Disparition.

     Des centaines de jeunes (voire très jeunes) filles se sont exilées volontairement aux Etats-Unis au début du XXème siècle pour fuir la misère ou vivre un rêve de bonheur matériel et affectif. Des hommes les attendent au port , à San Francisco: leurs futurs maris, choisis ou distribués par hasard  par les intermédiaires ou les marieuses . Elles ne connaissent d'eux que leur photo, le plus souvent mensongère, leurs qualités ou leurs richesses qui le sont tout autant...
    Inutile de dire que la déception est au rendez-vous. Pour la plupart, elles vont connaître la violence des premières étreintes sans amour, la rudesse des plantations et du climat extrême qui les éreintent, la pauvreté, l'usure du corps et l'aridité des échanges, le ghetto de la communauté japonaise, l'isolement linguistique et autres douleurs multiples.
  La plupart souffrent en silence, ne pensent même pas à se rebeller contre leur sort, n'arrivent pas à s'intégrer, à apprendre l'américain. En revanche, comble de souffrance pour ces mères, leurs enfants,  refusent le japonais et le legs culturel originel.
 Quelques rares ont tiré la bonne carte.
  Mais toutes subissent les aléas de l'Histoire du Monde et bien que participant activement à l'effort de guerre, elles sont victimes de haines et de lois ségrégationnistes. Chassées de chez elles, considérées comme traîtres pactisant avec l'ennemi, elles  disparaîtront dans l'indifférence puis l'oubli.
  Ce roman, c'est aussi un  document social et ethnologique, une approche des mentalités fort intéressante sur la famille japonaise  confrontée à la puissante Amérique. Expériences de la ville, de la campagne, apprentissages de la vie au quotidien, de la servitude, de la vie de famille, c'est aussi une série d'initiations et de découvertes  que nous livrent ces pages;
 
  Cette lecture lève le voile sur des pans ignorés de l'Histoire en faisant entendre de façon très originale les victimes d'une "traite" déguisée
 En effet, Julie Otsuka adopte le "nous"comme instance narrative ce qui donne un effet de choeur antique, celle du "peuple" des exilés. Aucun arrêt assez long sur une famille ou une personne qui permettrait de distinguer l'une ou l'autre  de ces femmes ou de s'y attacher même si dans le dernier tiers du roman des prénoms apparaissent davantage. La narratrice se contente de rapporter  les faits et les émotions, les réactions des composantes  du groupe en restant à distance. Pourtant, du fait de ces multiples échos, j'ai intensément senti leur désespérance. L' objectivité dans le témoignage accroît  la dimension tragique de ces destins anonymes et permet de saisir des similitudes avec des événements plus d'actualité et plus largement l'immigration.

 Voici la première page pour donner un aperçu de cette écriture particulière:
   Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes. Certaines d'entre nous n'avaient mangé leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n'avaient que quatorze ans et étaient encore des petites filles. Certaines  venaient de la ville et portaient d'élégants vêtements, mais la plupart venaient de la campagne, et nous portions  pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté- hérité de nos soeurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l'océan nous avait pris un frère, un père, un fiancé, parfois une personne que nous aimions s'était jetée à l'eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent , de partir à notre tour.

  Julie Otsuka ( 1962..) d'origine japonaise vit en Californie. En 2002 , elle publie son premier roman Quand l'empereur était un dieu qui connaît un très grand succès critique.
 Ce second  roman, prix fémina étranger 2012 est traduit de l'anglais par Carine Chichereau. (2012)- 140 pages.
 IEditions Phébus. ISBN: 978-2-7529-0670-0

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Published by Mimi des Plaisirs - dans littérature
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commentaires

Mistymiaou 03/05/2013 14:52


J'ai entendu tellement de bien de ce roman, il va bien falloir que je finisse par le lire. 


Bon week-end. 

Pichenette 28/04/2013 14:36


Je viens de le finir! Et j'ai adoré!!!


Magnifique construction, avec un chapitre par thème . Et  la construction "certaines", "d'autres" suivies de "nous" est terriblement marquante et implicante. Bref, un super livre, et une
histoire à découvrir.

panda 22/04/2013 16:40


Très intéressant, ce récit de vie me rappelle un des nombreux reportages tournés autour des Américains d'origine japonaise au moment de la déclaration de guerre après Pearl Harbour. Eux qui se
croyaient américains se virent rétablis dans leur condition d'immigrés et, pire, d'éventuels espions qu'il fallait tenir à l'écart. Plus Japonais, pas reconnus comme Américains, ils ont connu
quelques années vraiment insensées.

Mimi des Plaisirs 25/04/2013 22:16



Ton rapprochement est très pertinent. D'ailleurs un tiers du récit est consacré à cette période justement et c'est très impressionnant de voir la folie de cette période.
 Bonne fin de semaine .
 Amicalement à toi.
Mimi.



Coccinelle 22/04/2013 14:49


Bonjour Mimi, combien de fois je l'ai vu ce livre sur les blogs ? Je vais bien finir par le lire . Bonne semaine et
caresses à Fil de Soie.

Mimi des Plaisirs 25/04/2013 22:29



Je pense que tu ne seras pas déçue mais c'est vrai que l'écriture est déconcertante au début ...mais on s'y fait, on la trouve évidente ensuite et l'histoire est attachante.
 merci Pour Fil de Soie: il adore les caresses!
 Bonne fin de semaine, Coccinelle!