Plaisirs de la vie, de l'esprit, moments forts ou joies simples qui donnent du prix à l'instant ou qui se gravent dans le temps.
" Quim Monzó dit que Mille crétins est son livre le plus gai. Et il est vrai qu'il faut un sacré sens de l'humour pour traiter de sujets aussi joyeusement réconfortants que la douleur, la vieillesse, la mort , le désamour ou les querelles mesquines. En lisant ses nouvelles, nous rions, mais nous rions de nous-mêmes , du bonheur d' être lucides. " déclare Robert Coover, cité en quatrième de couverture.
et puis aussi : "S'il était américain, il serait considéré comme un des meilleurs écrivains de nouvelles du moment, un des meilleurs du monde. En réalité, il l'est. Mais il n'est pas américain. Ce qui complique les choses." Enrique Vilas- Matas.
Le titre, ces lignes, ont suffi à m'attirer vers ce mince recueil d'à peine 150 pages qui propose les nouvelles regroupées en deux parties: sept de 10 à 25 pages puis douze, très brèves.
Pour les7 premières:
Histoires de rencontres ratées, de silences , de regrets enfouis, de rêves avortés, de faiblesses physiques et morales...
Histoires de couples qui n'en sont plus, d'amour transformé en haine par les années trop longues, d' envies d'en finir avec la souffrance et la vieillesse, la maladie.
Histoires de ressassements, de procrastinations, de contemplation du vide de l'existence.
Pour les suivantes:
des scènes du quotidien croquées sur le vif (la télé, l'ordi en famille la photo numérique, le pique-nique, le pot pris au bar, etc...)
des scènes cultes comme celle de l'annonce faite à Marie ou celle de la belle au bois dormant réveillée par un baiser du prince, mais revues à la sauce catalane de Quim Monzó.
Et autres regards incisifs portés sur nous, pauvres humains...
Des regards à la Roman Polanski et à la Topor (il les cite d'ailleurs en exergue) .
Pas très gai tout ça présenté en données thématiques brutes.... Et pourtant...
Cette lecture agit comme un antiseptique qui brûle sur le moment mais procure un bienfait inespéré: on a envie de rire, de se se dire que non, c'est sûr, on n'est pas comme ça, que l'on ne sera jamais comme ça, que c'est trop crétin de se gâcher la vie en refusant d'agir, en louvoyant avec la vérité, en fouillant le passé stérile.
On en sort guéri de sa morosité: ouf ! c'est pas pour nous, ce tableau désolant.
L'humour noir très particulier de Quim Monzó est un bon remède! On en redemande.
traduit du catalan par Edmond Raillard
Editions Jacqueline Chambon. associée avec Actes Sud.
ISBN 978-2-7427-8115-7