Plaisirs de la vie, de l'esprit, moments forts ou joies simples qui donnent du prix à l'instant ou qui se gravent dans le temps.
Les Vaches Rouges ou Un dernier Amour (2009) est le premier roman très remarqué de Dorothéa Razumovsky, philosophe de formation et auteure allemande d'essais consacrés à l'Afrique du Sud, à la Yougoslavie ou à l'Albanie.
Cet ouvrage, salué par la presse à sa parution, a été traduit de l'allemand par Chantal Le Brun Kéris pour les éditions Buchet-Chastel en 2011 ( ISBN 978-2-283-02482-9)- 178 pages.
Un livre délicieux, tendre conduit par le regard sans concession d'une pensionnaire sur le quotidien d'une communauté de personnes âgées et de l'équipe d'encadrement ainsi que sur les rapports affectifs.
Des passages pleins d'humour, une quête et une enquête autour d'un mystérieux adolescent étrange et délinquant Vova- Waldemar auquel la narratrice s'accroche avec passion.
Comment échapper à la dégénérescence du corps et de l'esprit, au découragement? En écrivant, en agissant envers et contre tous, en choquant au besoin, en partant à l'aventure sur un coup de tête, en osant accorder sa confiance et son affection , en croyant à ses rêves .
Le "JE" narratif est une vieille dame veuve. Elle a des difficultés à se déplacer, constate quelques trous de mémoire, mais son esprit est vif et elle s'engouffre d'un coup dans la modernité avec un coeur est prêt à s'ouvrir à l'amitié et à la tendresse. Mariage de raison , pas d'enfant, elle s'est contentée d'être l'ombre de son universitaire et philosophe d'époux. Maintenant, le temps presse et elle a décidé de prendre sa destinée en main. Elle a quitté sa maison, investie par sa belle-fille, pour regagner sa liberté et vivre ce qui lui reste d'existence. Elle a calculé qu'elle doit tenir six ans encore pour s'occuper de Cora, sa vieille compagne, la petite chienne. Elle vit dans une résidence pour personnes âgées, garde son autonomie et surtout écrit son journal sur l'ordinateur portable dernière génération qu'elle a volé avant de partir
Mais qui décrira ma rage devant la façon dont ils m'ont traitée? (...)
Qui , sinon, moi?
Il est peut-être bénéfique de tout consigner par écrit , d'essayer de s'en débarrasser d'une façon ou d'une autre. Cela revient moins cher qu'un traitement psychiatrique, surtout lorsque l'on a comme moi un beau PC à sa disposition (p15)
Le lecteur découvre donc, au fil des quelques quarante relations qu'elle tape sur son ordinateur en cachette, les menus faits de son existence ou ses grands choix d'avenir.
Un adolescent vient régulièrement à la résidence: la rencontre improbable entre le jeune voyou et la vieille dame distinguée a eu lieu, par hasard, dans un parc municipal. C'est Cora qui en a été l'agent de liaison. Depuis, il est le seul à bénéficier de la confiance et de l'affection et de l'intérêt de la vieille dame" indigne". Le mystère dont il s'est entouré et qui ne fait que s'accroître, exacerbe l'intérêt qu'elle lui porte ...et le nôtre.
Grâce à cet ange-démon, elle trouve un sens à sa vie, elle se sent utile, elle donne ET reçoit de l'affection, elle renaît comme mère-grand-mère de coeur.
Voici les derniers mots qu'elle écrit dans son journal avant de partir pour la Russie sur la piste de Vova et des vaches rouges de l'Altaï:
Oui, je suis heureuse, car on a besoin de moi. Peut-être chaque humain n'a-t-il besoin pour être heureux que d'une seule personne qui ait besoin de lui.
Un regard intime sur le début de la vieillesse mais surtout un formidable élan d'espérance qui m' ont à la fois émue et amusée.
Ce livre entre dans la contrainte de Philippe D: http://phildes2.canalblog.com (titre avec une couleur pour ce mois)
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Chez Anne:" Premier roman" et "Voisins -voisines" http://desmotsetdesnotes.over-blog.com/