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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 15:38

  Hauteclaire à la barre de "Croqueurs de mots"  cette quinzaine n° 94  a proposé comme thème "La Femme fatale", pour ce jeudi en poésie .
 J'ai pensé à l'ondine, avatar de la Sirène mythique de L'Odyssée d'Homère qui par son chant séducteur attire vers la mort les marins qui ne peuvent lui résister.
 J'aime particulièrement  celle que crée Aloysius Bertrand dans un de ses poèmes en prose du recueil "Gaspard de la nuit".
 
 Ici le poète donne à entendre la voix obsédante et envoûtante de la sirène prénommée Ondine qui a pris possession de lui . Mais il ne la craint pas. Au contraire, elle est devenue l'inspiratrice, la muse de l'artiste qui lui emprunte son chant.



    ONDINE
      ......Je croyais entendre
       Une vague harmonie charmer mon sommeil,
       Et près de moi s'épandre un murmure pareil
       Aux chants entrecoupés d'une voix triste et tendre.
                             
Ch. Brugnot, Les Deux Génies


    "- Écoute!... - Écoute! - C'est moi Ondine qui frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune; et voici en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.
      Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air.
    -Écoute! - Écoute! - Mon père bat l'eau coassante d'une branche d'aulne verte, et mes soeurs caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne!"
      Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.
        Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitraux bleus.

                     Aloysius  Bertrand, "ONDINE", Gaspard de la nuit, III,9, 1842.

                                   prev_chagall3953.jpg                  

                                           Marc Chagall: "Sirène au poète", 1967.

                            
  

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 19:20

 Jeanne Fadosi est à la barre cette semaine et nous propose de voguer sur un , des ou les âges de la vie.
 J'ai choisi de suivre le cap avec Jean de la Fontaine le malicieux observateur  qui associe dans une même fable ( la 4éme du Livre VII des Fables)  le désormais fameux Héron  et...
 la-precieuse.jpg

LA  FILLE

        Certaine fille un peu trop fière
         Prétendait trouver un mari
  Jeune, bien fait et beau, d'agréable manière,
 Point froid et point jaloux; notez ces deux points -ci.
          Cette fille voulait aussi
          Qu'il eût du bien, de la naissance,
 De l' esprit, enfin tout. Mais qui peut tout avoir?
 Le destin se montra soigneux de la pourvoir:
scene-galante.jpg
           Il vint des partis d'importance,
 La belle les trouva trop chétifs de moitié.
 Quoi moi? quoi ces gens-là? l'on radote , je pense.
 À moi les proposer! hélas ils font pitié.
           Voyez un peu la belle espèce!
 L'un n'avait en l'esprit nulle délicatesse;
 L'autre avait le nez fait de cette façon -là;

           C'était ceci, c'était cela,
           C'était tout; car les précieuses
           Font dessus tous les dédaigneuses.
 Après les bons partis, les médiocres gens
            Vinrent se mettre sur les rangs.
 Elle de se moquer. Ah vraiment je suis bonne
 De leur ouvrir la porte: Ils pensent que je suis
            Fort en peine de ma personne.
            Grâce à Dieu, je passe les nuits
            Sans chagrin, quoique en solitude.
 La belle se sut gré de tous ces sentiments.
 L'âge la fit déchoir: adieu tous les amants.
 Un an se passe et deux avec inquiétude.
 Le chagrin vient ensuite: elle sent chaque jour
 Déloger quelques Ris, quelques jeux, puis l'amour;
             Puis ses traits choquer et déplaire;
 Puis cent sortes defards. Ses soins ne purent faire
 Qu'elle échappât au temps cet insigne larron:
             Les ruines d'une maison
 Se peuvent réparer; que n'est cet avantage
             Pour les ruines du visage!
 Sa préciosité changea lors de langage.
 Son miroir lui disait: Prenez vite un mari.
 Je ne sais quel désir le lui disait aussi;
 Le désir peut loger chez une précieuse.
 Celle-ci fit un choix que l'on aurait jamais cru,

 Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse
             De rencontrer un malotru.
 
            Jean de La Fontaine (1621-1695)
 
              ( Fables-  Livre VII-4 édité en 1678)
 



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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 16:05

 Escale libre cette semaine pour" les Croqueurs" avec Lilou -Fredotte.
 
 Alors, à quelques heures de l'hiver  et des jours de fête, je vous convie à  suivre le rêve délicieusement  libertin du jeune Arthur Rimbaud.

             Rêvé pour l'hiver
 
    L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
          Avec des coussins bleus,
   Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
         Dans chaque coin moelleux.

 Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,
          Grimacer les ombres des soirs,
  Ces monstruosités hargneuses, populace
          De démons noirs et de loups noirs.

  Puis tu te sentiras la joue égratignée...
  Un petit baiser, comme une folle araignée,
           Te courra par le cou...

 Et tu me diras: "Cherche!" en inclinant la tête,
  - Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
          -Qui voyage beaucoup...

 
        En Wagon, 7 octobre 1870                     Gustav Klimt 016

              Arthur Rimbaud ( 1854-1891)
                    Poésies 1870










                               G. Klimt- "Le Baiser"

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 15:38

  JillBill  nous a dit: "Je laisse au choix"...
 
  Qu'écrire , que dire ?
 Mon esprit embrumé comme le petit matin
 Cherchait  l'éclaircie, la lueur, d'où sortiraient qui sait? ...
 Quelques petits  mots à chanter.
 
  Rien !
 J'ai regardé le calendrier, histoire de vérifier.
   Pas de doute, pas d'issue de secours:

 

 Jeudi, jour de poésie...

  J'ai appelé le saint du jour  à mon aide
  On ne risque rien à demander  ...
 Et  Saint-Nicolas  m'a exaucée
 En me soufflant à l'oreille sa Complainte.

 La voici  transcrite en  1842 par le poète Gérard de Nerval dans "Chansons et Légendes du Valois"  . Il contribua à remettre cette chanson populaire à la mode. Elle sera harmonisée en 1864 par Gouzieu.


 
  La complainte de Saint Nicolas.


 Ils étaient trois petits enfants_ Qui s'en allaient glaner aux champs.
 
 S'en vont un soir chez un boucher_ "Boucher, voudrais-tu nous loger? _ Entrez, entrez, petits enfants, _ Il y a de la place assurément."

 Ils n'étaient pas sitôt entrés, _ Que le boucher les a tués, _ Les a coupés en petits morceaux, _ Mis au saloir comme pourceaux.

 Saint Nicolas au bout d'sept ans,_ Saint Nicolas vint dans ce champ. _Il s'en alla chez le boucher: _"Boucher voudrais-tu me loger?"

 " Entrez, entrez, saint Nicolas, _ Il y a d'la place , il n'en manque pas. " _ Il n'était pas sitôt entré,  _ Qu'il a demandé à souper.

 "Voulez-vous un morceau d'jambon? _ Je n'en veux pas, il n'est pas bon.  _Voulez-vous un morceau de veau?  _ Je n'en veux pas, il n'est pas beau!
 
  Du p'tit salé je veux avoir, _ Qu'il ya sept ans qu'est dans l'saloir!" _ Quand le boucher entendit cela,  _Hors de sa porte il s'enfuya.

  "Boucher, boucher, ne t'enfuis pas,  _Repens-toi, Dieu te pardonn'ra." _Saint Nicolas posa trois doigts _Dessus le bord de ce saloir:

 Le premier dit: "J'ai bien dormi!" _ Le second dit: "Et moi aussi!" _ Le troisième répondit: _"Je croyais être en paradis!"

    saintnicolas2.gif

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 17:02

  Jill Bill a proposé pour cette semaine du défi 91: "Mon chez moi, ma maison"
 Voici l'évocation  de ma maison de coeur:

 

                                              Ma maison                                                                  
 
  Elle  a des murs qui portent la marque du temps
             
  Des pierres brunes chauffées  par le soleil
 
    Ses volets  en bois vivant aux larmes de résine
 Toujours restent  ouverts sur le jardin et sur le ciel

   A ceux qu'elle accueille elle prête son âme
                                              et aussi sa douceur,                                               


  La chaleur de sa terrasse, la fraîcheur de  son intérieur.
 
  Elle leur offre ses couleurs, ses lumières,
  Leur donne son réconfort  et sa langueur

  Elle sait entendre les lourds secrets  murmurés
  Elle a tout vu, tout vécu des chagrins, des amours...

  Son frais mais puissant parfum de menthe verte froissée
  S'allie à  celui des roses sucrées et des iris surannés

  Elle est source de vie, elle est ma  liberté.


 MdP( 3-12-2012)

DSCF0449.JPG
 
   
 
  
  
  
 
  
 
  
 
 

 

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 15:27

  Suzâme nous a demandé notre coup de coeur (poème personnel ou auteur)

    C 'est la semaine du grand concert annuel du choeur Amadevs  auquel je participe.
   Pour rester en accord avec la musique qui emplit mes heures , voici un poème pour répondre à la proposition  de ce jour.  Je l'ai composé il y a deux ans mais l'ai un peu revu.
  Le voici.

 

    


                 FABLE

    Le chat dort.
    La tête à l'envers, le nez  dans ses chaussettes.                       
    Il se pelotonne...                                                           DSC03492.JPG
    Il grogne dans ses moustaches en rêvant ,
    soupire et claque des dents.

   " Quelle misère, la belle affaire!!!  "                                                                      
 
    Le troupeau des souris passe en ricanant.
 
    "Oh, oh, oh!!!
     Honte au griffu,
     Gloire aux museaux pointus!"
     chante le choeur des musélidés.
   
     Le chef rat tonne: "Attention! danger!...
     En mesure, s'il vous plaît !
     Reprise!"
 
     " OH, oh...Oh!!!!..."
      Un silence de trop ... Erreur fatale...

     Le  félin endormi a perçu  le contretemps.
     Il est  pro en la matière:
     le ronron, c'est régulier, en deux temps!
     la syncope, pour les attaques,
     et le triolet pour les approches chaloupées.
    
   

     La tête à l'endroit, le nez  en l'air,
     Il bondit...
     Moustaches hérissées,
     voix  rauque et crocs gourmands.
     Quel appétit!!!!

     Tous aux abris!

     Reste un souriceau un peu penaud...

     Il se cache derrière ses notes et son flutiau
     Puis bravement sourit à son bourreau
     Tend vers lui ses tendres naseaux
     et entonne un chant nouveau.

     Que c'est beau!
             C'est un rondo en do à la gloire du héros.

     Le chat s' arrête en plein élan.
     
     " Que faisiez-vous tantôt? gronde le matou
        -Des ritournelles pour chasser le mal au dos
         répond le musicien.
        -Vous jouiez? alors, chantez maintenant!"
 
      Patte dessus, patte dessous,
      le chat et le souriceau  ont pris la cadence
      l'un chantait, l'autre dansait la gigue
        à la barbe des poltrons.
      Comme cul et chemise,
        amis dans la musique,
      le gros et le petit ont la tête à l'envers
         et rêvent le nez dans leurs chaussettes...
    

    Moralité: Chantez, vous serez aimés
                   Petits des Grands
                   Grands des Petits...
                   
                           MdP (12-2010)le-chat-et-la-souris.jpg

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 09:10

  Enriqueta  propose pour ce jeudi le thème " Rendez-vous".

  En ce début de novembre, traditionnel rendez-vous avec ceux qui nous ont quittés, j'ai eu envie de rendre hommage à une femme dont j'ignore tout mais que je côtoie depuis des années à cette même date.


    Une servante d'un autre siècle morte en 1878 à 53 ans dans sa 34 ème année de service et dont la stèle encore debout rappelle le souvenir dans le cimetière d'un petit village.

.DSC03359.JPG
  
    Elle ne possédait rien mais elle avait tout donné.  
    Son coeur simple avait brisé les barrières et elle a été aimée.
        
       DSC03360.JPG
   

    Seule l'épitaphe écrite par ses maîtres témoigne encore de ce qu'elle fut: " A sa mort elle chanta son troupeau, ses pâtis, ses maîtres et ses parents ainsi que ses amis, ses champs et son chien son compagnon fidèle. Elle fut pour tous les temps des bergers un modèle"
   

    Ils ont voulu  honorer  la bergère par la sculpture qui reproduit sans doute ses traits et sa bienveillance dans une attitude familière.
DSC03357.JPG

 
    Personne ne vient fleurir la tombe où elle repose mais le passant s'y arrête, ému .
   

 Aujourd'hui je voudrais lui dédier ainsi qu'à toutes les femmes qui ont servi  dans l'humilité et l'oubli le poème LXIX de Baudelaire  qui semble avoir été écrit  pour elles seules.

 

     La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse
     - Dort-elle son sommeil sous une humble pelouse?-
     Nous aurions déjà dû lui porter quelques fleurs.
     Les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs,
     Et quand octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
     Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
     Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
     A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps.
     Tandis que, rongés de noires songeries,
     Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
     Vieux squelettes gelés travaillés par le ver
     Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver,
     Et l'éternité fuir sans qu'amis ni famille
     Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

     Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
     Calme, dans le fauteuil elle venait s'asseoir,
     Si par une nuit bleue et froide de décembre,
     Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
     Grave, et venant du fond de son lit éternel
     Couver l'enfant grandi de son oeil maternel,
     Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
     Voyant des pleurs tomber de sa paupière creuse?

 
                 Charles Baudelaire (Les Fleurs du Mal)
             Spleen et Idéal -  LXIX

 

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 15:30

 Pour ce Jeudi, Lilou-Fredotte a proposé comme thème : le feu.

 Voici pour l' illustrer un chant d'invocation traditionnel bantou traduit par le poète sénégalais Léopold Sédar Senghor (1906-2001).  Il  a inclus ce chant dans le recueil de 1990 intitulé "Oeuvre poétique" et paru au Seuil , version définitive de ses poèmes.

               Chant du Feu
 
     Feu que les hommes regardent dans la nuit, dans la nuit profonde,
     Feu qui brûles et ne chauffes pas, qui brilles et ne brûles pas,
     Feu qui voles sans corps, sans coeur, qui ne connais case ni foyer,
     Feu transparent des palmes, un homme sans peur t'invoque.
     Feu des sorciers, ton père est où? Ta mère est où? Qui t'as nourri?
     Tu es ton père, tu es ta mère, tu passes et ne laisses de traces.
     Le bois sec ne t'engendre, tu n'as pas de cendres pour les filles, tu meurs et ne meurs pas.
     L'âme errante se transforme en toi, et nul ne le sait.
     Feu des sorciers, Esprit des eaux inférieures, Esprit des airs supérieurs,
     Fulgore qui brilles, luciole qui illumines le marais,
     Oiseau sans ailes, matière sans corps,
     Esprit de la Force du Feu,
     Écoute ma voix: un homme sans peur t'invoque.

  rothko.jpg

 
 Le feu, c'est aussi  le rouge des tableaux de Rothko, tel ce triptyque

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 09:30

  Lilou -Fredotte (http://www.lilou-fredotte.com) des Croqueurs de mots a proposé d'écrire sur le thème" les dimanches" pour ce jeudi 87.
  Quand j'ai lu son sujet, immédiatement me sont revenus ces vers  de Jules Laforgue, en accord aussi avec la saison:

   C'était un très au-vent d'octobre paysage,                  fenêtre
   Que découpe, aujourd'hui dimanche, la fenêtre ....

 La suite, je l'avais oubliée...mais je l'ai retrouvée dans le recueil "Les Complaintes et les premiers poèmes " publié en collection Poésie/ Gallimard.
Laforgue, comme il l'écrit dans le poème dédié à Paul Bourget mis en exergue  de cette publication, traverse un moment de désillusion et de misère auquel il essaie d'échapper  par un humour noir ravageur:

 En deuil d'un Moi-Le- Magnifique
 Lançant de front les cent pur-sang
 De ses vingt ans tout hennissants,
 Je vague
(...)

  Voici donc cette complainte dans son intégralité.
 
               COMPLAINTE D'UN AUTRE DIMANCHE
 
    C'était un très- au vent d'octobre paysage,
    Que découpe, aujourd'hui dimanche, la fenêtre,
    Avec sa jalousie de travers, hors d'usage,
    Où sèche, depuis quand! une paire de guêtres
    Tachant de deux mals blancs ce glabre paysage.
 
     Un couchant mal bâti suppurant du livide;
     Le coin d'une buanderie aux tuiles sales;
     En plein, le Val-de-Grâce, comme un qui préside;
     Cinq arbres en proie à de mesquines rafales
     Qui marbrent ce ciel crû de bandages livides.

      Puis les squelettes de glycines aux ficelles,
      En proie à des rafales encore plus mesquines!
      Ô lendemains de noce! ô bribes de dentelles!
      Montrent-elles assez la corde, ces glycines
      Recroquevillant leur agonie aux ficelles!
 
      Ah! qu'est-ce que je fais ici dans cette chambre!
      Des vers. Et puis après? ô sordide limace!
      Quoi! la vie est unique, et toi, sous ce scaphandre,
      Tu te racontes sans fin, et tu te ressasses!
      Seras-tu donc toujours un qui garde la chambre?
                                                                                                                
       Ce fut un bien au vent d'octobre paysage...
 
                      Jules Laforgue (né en 1860 et mort de phtisie en 1887)
                            (Les Complaintes, publiées en 1885)
     

     
 
       
 

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 18:46

 Pour illustrer le thème proposé cette quinzaine par Hauteclaire:" Secrets et mystères", j'ai choisi de faire entendre la voix de François Villon et celle bien connue de Georges Brassens qui a donné chant et âme à sa Ballade des dames du temps jadis.
  
 


     Ballade des dames du temps jadis


   Dites-moi où, n'en quel pays,
   Est Flora la belle romaine,
   Archipiades, ni Thaïs,
   Qui fut sa cousine germaine,
   Echo parlant quand bruit on mène
   Dessus rivière ou sur étang,
   Qui beauté eut trop plus qu'humaine
   Mais où sont les neiges d'antan?

    Où est la très sage Héloïs,
  Pour qui châtré fut et puis moine
  Pierre Asbelard à Saint-Denis?                 heloise.jpg
  Pour son amour eut cette essoine.
  Semblablement, où est la reine
  Qui commanda que Buridan
   Fut jeté en un sac en Seine?
   Mais où sont les neiges d'antan?

    La reine blanche comme lis
  Qui chantait à voix de sirène,
  Berthe au grand pied, Bietris, Alis,
  Haremburgis qui tint le Maine,
  Et Jeanne la bonne Lorraine
  Qu'Anglais brûlèrent à Rouen;
  Où sont-ils , où, Vierge souveraine?
  Mais où sont les neiges d'antan?

   Prince, n'enquerez de semaine
  Où elles sont, ne de cet an,
  Qu'à ce refrain ne vous remaine:
   Mais où sont les neiges d'antan?

          François Villon (1431-après 1463)

             (Le Testament- 1463)
 

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