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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 20:31

  Le 20 juin, à quelques heures de l'été qui se fait attendre, j'aime ces beaux soirs  où le jour s'éternise et ne meurt pas tout à fait et où toutes les  musiques prennent leurs aises...
  Avant d'aller goûter aux charmes de la retransmission des chorégies d'Orange, par écran télévisé interposé, je propose aux Croqueurs de mots et aux autres lecteurs amateurs de poésie ce court poème de Victor Hugo.
 Empli de sensations, il est une invitation à savourer ces instants précieux de la fin du printemps .
  
             NUITS DE JUIN
 
    L'été lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
    La plaine verse au loin un parfum enivrant;
    Les yeux fermés, l'oreille aux rumeurs entrouverte,
    On ne dort qu'à demi d'un sommeil transparent.
 
    Les astres sont plus purs, l'ombre paraît meilleure;
    Un vague demi-jour teint le dôme éternel;
    Et l'aube douce et pâle, en attendant son heure,
    Semble toute la nuit errer au bas du ciel.

            VICTOR HUGO ( 1802-1885)            
            (Les Rayons et les Ombres-1840)


   Merci  à Brunô, l'amiral Ô pour  sa belle suggestion de thème: "en attendant l'été"

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 19:36

   " La campagne, la nature, les arbres, les petits oiseaux, etc...", thème de cette semaine proposé par Eglantine.
 J'ai  tout ça, plus un lézard  ( amoureux de surcroît !... ) à vous offrir dans ce poème de René Char.
  A lire au premier degré, ou au second, le plaisir est assuré.
 
  Les poèmes du recueil "Les Matinaux" sont plus qu'une vision de la nature provençale et des rencontres de l'enfance.  Les vers  sous leur apparente sérénité révèlent une blessure. Les amours impossibles du lézard et du chardonneret  sont  à l'image des désirs inassouvis et des déchirements du poète lors de la création poétique.

   
 
     COMPLAINTE DU LÉZARD AMOUREUX

   N' égraine pas le tournesol,
   Tes cyprès auraient de la peine,
   Chardonneret reprend ton vol
   Et revient  à ton nid de laine.
 
  Tu n'es pas un caillou du ciel
   Pour que le vent te tienne quitte
   Oiseau rural, l'arc-en -ciel
   S'unifie dans la marguerite.

   L'homme fusille, cache-toi;
   Le tournesol est son complice.
   Seules les herbes sont pour toi,
   Les herbes des champs qui se plissent.

    Le serpent ne te connais pas ,
    Et la sauterelle est bougonne;
    La taupe, elle, n'y voit pas;
    Le papillon ne hait personne.

    Il est midi, chardonneret.
    Le séneçon est là qui brille.
    Attarde-toi, va, sans danger:
    L'homme est rentré dans sa famille!

    L'écho de ce pays est sûr.
    J'observe, je suis bon prophète;
    Je vois tout de mon petit mur,
    Même tituber la chouette.

    Qui, mieux qu'un lézard amoureux,
    Peut dire les secrets terrestres?
    Ô léger gentil roi des cieux
    Que n'as-tu ton nid dans ma pierre!

               Orgon, août 1947

                René Char 1907-1988

       (La sieste blanche-- in  Les Matinaux  
                 éd. Gallimard
- 1950)
 
                       jpg 018-01koLezard

  
  
 
 
 
   

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 20:59

 En revenant au clavier ce soir, je découvre le thème proposé aux" croqueurs de mots " amateurs de poésie. Merci  Eglantine-Lilas pour cette idée: "chat (ou chatte)"

 Ce thème,  je ne peux pas le laisser passer sans y mettre la patte, vu que chattes et chats de tout poil m'accompagnent depuis ma naissance!...Et vous connaissez le petit dernier, mon chat Fil de soie  qui a laissé ses traces dans ce blog.

 Manquant de temps et de plume créatrice, j'ai choisi ce poème de Charles Cros, éminent scientifique et écrivain- poète: " A une chatte". Il dit si bien ce que j'aurais eu envie d'écrire...
 
              

                  A UNE CHATTE
 
     Chatte blanche, chatte sans tache,
         Je te demande , dans ces vers,
     Quel secret dort dans tes yeux verts,
     Quel sarcasme sous ta moustache.

      Tu nous lorgnes,  pensant tout bas
      Que nos fronts pâles, que nos lèvres
          Déteintes en de folles fièvres,
      Que nos yeux creux ne valent pas

      Ton museau que ton nez termine,
      Rose comme un bouton de sein,
          Tes oreilles dont le dessin
      Couronne fièrement ta mine.

          Pourquoi cette sérénité?

       Aurais-tu la clé des problèmes
     Qui nous font, frissonnants et blêmes,
         Passer le printemps et l'été?


      Devant la mort qui nous menace,
      Chats et gens, ton flair, plus subtil
            Que notre savoir, te dit-il
          Où va la beauté qui s'efface,

          Où va la pensée, où s'en vont
      Les défuntes splendeurs charnelles?...
           Chatte détourne tes prunelles;
            J'y trouve trop de noir au fond.

           Charles Cros-(1842-1888)
               (Le coffret de santal-1873)
    
      DSC00288.JPG
    Une photo de Lily-belle,pas tout à fait chatte blanche, mais des yeux!!!... Soeur jumelle de Fil de soie,elle est contre lui, en 2008.Elle a disparu peu de temps après. Peut-être a-t-elle choisi la liberté, sans doute l'errance au confort et à l'amour  à partager...

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 19:37

      Pour ce jeudi sans contrainte poétique, je choisis un poème  que j'aime depuis toujours, que j'ai offert à la découverte maintes fois et qui donne la force et des raisons d'aimer vivre sa vie en dépit de tout.


   Il s'agit d'un poème de  Jules Supervielle écrit en 1943:

      Hommage à la vie

           C'est beau d'avoir élu
           Domicile vivant
           Et de loger le temps
           Dans un coeur continu,
           Et d'avoir vu ses mains
           Se poser sur le monde
           Comme sur une pomme
           Dans un petit jardin,
           D'avoir aimé la terre,
           La lune et le soleil,
           Comme des familiers
           Qui n'ont pas leurs pareils,
           Et d'avoir confié
           Le monde à sa mémoire
           Comme un clair cavalier
           À sa monture noire,
           D'avoir donné visage
           À ces mots:femme, enfants,
,          Et servi de rivage
           À d'errants continents,
           Et d'avoir atteint l'âme
           À petits coups de rame
           Pour ne  l'effaroucher
           D'une brusque approchée.
           C'est beau d'avoir connu
           L'ombre sous le feuillage
           Et d'avoir senti l'âge
           Ramper sur le corps nu,  
           Accompagné la peine
           Du sang noir dans nos veines
           Et doré son silence
           De l'étoile Patience,
           Et d'avoir tous ces mots
           Qui bougent dans ma tête,
           De choisir les moins beaux
           Pour leur faire un peu fête,
           D'avoir senti la vie
           Hâtive et mal aimée,
           De l'avoir enfermée
           Dans cette poésie.
   
               Jules Supervielle
                    (1884-1960)

 

                                                           
                                                                  Claude Monet

                                                              (1840-1926)
       
               

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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 21:23

   Pour cette session 101 du défi , Hauteclaire notre capitaine  a proposé de s'embarquer sur les routes du temps et pour la poésie de ce jeudi, le thème est "La préhistoire".

    Jouons donc aux paléontologues et redécouvrons le brontosaure (?) mis en poésie par un grand ami de Gustave Flaubert,  Louis Bouilhet (1822-1869).
  Voici l'apparition de la BÊTE bien  avant Jurassic-Park...

 Avant le Déluge
 
 Le sable cependant fermente au bord de l'onde:
 La nature palpite et va suer un monde.
 Déjà, de toutes parts, dans les varechs salés
 Se traîne le troupeau des oursins étoilés;
 Voici les fleurs d'écaille et les plantes voraces,
 Puis tous les êtres mous, aux dures carapaces,
 Et les grands polypiers qui , s'accrochant entre eux,
 Portent un peuple entier dans leurs feuillages creux.

 La vie hésite encore, à la sève mêlée,
 Et dans le moule antique écume refoulée.
 Sur la grève soudain, parmi le limon noir,
 Une chose s'allonge, épouvantable à voir:
 La masse lentement sort des vagues humides,
 Un souffle intérieur gonfle ses flancs livides,
 Et son grand dos gluant, semé de fucus verts,
 Comme un mont échoué, se dresse dans les airs.
 Elle monte! elle monte! et couvre les rivages!
 Sous le ventre ridé sonnent les coquillages;
 La patte monstrueuse, aux gros doigts écaillés,
S'étale lourdement sur les galets mouillés.

 Au bruit des vents lointains, parfois la bête énorme
 Tourne son museau grêle et sa tête difforme;
 Hérissant leur poil dur, ses naseaux dilatés
 Semblent humer le monde et les immensités
 Pendant que ses yeux ronds, bordés de plaques fortes,
 Nagent , lents et vitreux, comme des lunes mortes;
 Hideuse, elle s'arrête au bout du sable amer,
 Et sa queue en longs plis traîne encore dans la mer.
 Alors, montrant à nu ses dents démesurées
 Et fronçant sur son dos ses écailles serrées,
 Elle pousse avec force un long mugissement
 Qui s'élargit au loin sous le bleu firmament.
 Par les monts, par les bois, aux mornes attitudes,
 La clameur se déroule au fond des solitudes,
 Et le vaste univers écoute, soucieux,
 Ce grand cri de la vie épandu dans les cieux.

           Louis Bouilhet
                 ( Les Fossiles)

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 21:08

 
  ABC veut que nous rendions hommage à la "chemise"  après cravate et noeud -papillon!
 
  Comme il est déjà tard et presque l'heure de "Quitter la chemise" (dixit Zebda) et que l'inspiration personnelle dort déjà, je demande de l'aide au grand tailleur de mots , au maître  Charles de venir à mon secours. Il s'y connaît en matière de Trousse-chemise!...et de poésie!


 


 
 

      
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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 15:10

     Pour fêter le printemps revenu, voici un poème du début d'ALCOOLS, le célèbre recueil de Guillaume Apollinaire. Le poète l'a placé entre La Chanson du Mal-Aimé et Beaucoup de ces dieux ont péri comme un pied de nez  à la mélancolie dévorante.

     J'aime ce poème espiègle, léger et heureux, où se mêlent inspiration  panique et pastorale  L'évocation au présent  ressuscite un temps révolu et inoubliable , celui de l'insouciance et de l'espoir.
 
 ( ¤Laetare: "Réjouissez-vous! " Premier mot du chant d'entrée de la liturgie au 4 ème dimanche de carême, et par extension, nom donné à ce dimanche.
    Nous sommes donc, à quelques heures près, en ce temps de Laetare. )


        AUBADE  CHANTÉE Á LAETARE  UN AN PASSÉ

   C'est le printemps viens-t-en Pâquette         731px-Henri_Rousseau_-_Meadowland.jpg
   Te promener au bois joli
   Les poules dans la cour caquètent
   L'aube au ciel fait de roses plis
   L'amour chemine à ta conquête

   Mars et Vénus sont revenus
   Ils s'embrassent à bouches folles
   Devant des sites ingénus
   Où sous les roses qui feuillolent
   De beaux dieux roses dansent nus
 
   Viens ma tendresse est la régente
   De la floraison qui paraît
   La nature est belle et touchante                             
   Pan sifflote dans la forêt
   Les grenouilles humides chantent.

 Guillaume Apollinaire (1880-1918)
   
  Alcools -1913

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 14:20

  Parler d'amour un 14 février... , une institution que Lilou-Fredotte nous invite à suivre en ce jeudi en poésie.
    Je connais un grand maître en discours amoureux qui a fait tomber plus d'une belle dans ses bras: un certain Pierre De Ronsard, natif du XVIème siècle, homme de culture et éternel séducteur.
    Voici donc la voix de Pierre de Ronsard célébrant avec une inspiration gourmande mais raffinée la grâce juvénile de la petite Marie, beau fruit à croquer...mais pas si facile à cueillir.


       
    Marie, vous avez la joue aussi vermeille,
   Qu'une rose de Mai, vous avez les cheveux,
   De couleur châtaigne, entrefrisés de noeuds,
   Gentiment tortillés tout autour de l'oreille
.

    Quand vous étiez petite, une mignarde abeille
   Dans vos lèvres forma son doux miel savoureux,
   Amour laissa ses traits dans vos yeux rigoureux,
   Pithon* vous fait la voix à nulle autre pareille.

   Vous avez les tétins comme deux monts de lait,
   Caillé bien blanchement sur du jonc nouvelet
   Qu'une jeune pucelle au mois de Juin façonne;

   De Junon sont vos bras, des Grâces votre sein,
   Vous avez de l'Aurore  et le front , et la main,
   Mais vous avez le coeur d'une fière lionne.


        Pierre de Ronsard
- Amours de Marie, sonnet 2- 1555.
   
  * autre nom d' Apollon, dieu du chant et de la poésie
 
 et en effet de miroir, la divine Vénus, déesse de l'amour représentée selon les critères de beauté de la Renaissance par Botticelli.
   
 Venus--Botticelli.jpg
 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 16:02

 Voici la proposition du jour  énoncée par Lénaïg:  Tout ce qui est grand est étonnant! (l'homme face à ce qui le dépasse: l'immense, le terrifiant, l'incompréhensible, le fantastique, en bref, quelque chose de grand)
 
   J'ai pensé d'abord à Jean Lurçat (1892-1966) peintre et cartonnier génial de tapisserie et à sa vision poétique du monde.  Il est  proche  de Jules Supervielle (1884-1960) et a illustré de lithographies sa Fable du Monde.
   
  Le poète Jules Supervielle  évoque, dans cet extrait de son dernier recueil Le corps tragique, la fantastique et immense puissance créatrice de l'esprit humain qui se laisse envahir par la subjectivité.
 Voici comment il dépeint avec originalité et comique ce monde intérieur qui impose sa tyrannie, fige le corps et secrète angoisses et terreurs pendant les heures d'insomnie.
      lurcat_1286892978.jpg                                                                                                      ( Tapisserie de Jean Lurçat)
  

     Quand le cerveau gît dans sa grotte
     Où chauve-sourient les pensées
     Et que les désirs pris en faute
     Fourmillent, noirs de déplaisir,
     Quand les chats vous hantent, vous hantent
     Jusqu'à devenir chats-huants,
     Que nos plus petits éléphants
     Grandissent pour notre épouvante,
     O bestiaire malfaisant
     Et qui s'accroît chemin faisant,
     Bestiaire fait de bonnes bêtes
     Qui nous paraissent familières
     Et qui tout d'un coup vous secrètent
     Un univers si violent
     Que, le temps de le reconnaître,
     Nous n'en sommes déjà plus maîtres.

     Il nous fige et va galopant
     Autour de nous dans tous les sens
     Ainsi qu'une aveugle tempête
     Qui ne se trouve qu'en courant.



    Jules Supervielle (Le corps tragique- 1959))    

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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 13:42


   En hommage détourné à François Gabart , l'enfant de Charente  qui vogue contre vents et marées, et à tous les marins héroïques et valeureux qui bravent les tempêtes, en espérant qu'ils ne connaîtront pas pareille péripétie...
    et pour illustrer le thème proposé par Hauteclaire cette semaine (LE HÉROS) , j'ai choisi   cet extrait  de L'Odyssée du VIIème siècle avant J-C.  Il s'agit du chant V dans lequel  le vaillant Ulysse se trouve aux prises avec les éléments déchaînés par la colère du Dieu de la mer Poséidon, son ennemi juré.

 (Sur l'ordre de Zeus, Ulysse a dû quitter sur un simple radeau l' île de la belle nymphe Calypso dont il était devenu l'amant . Il est surpris par une tempête alors qu'il approche des côtes de l'île de Phéacie, l'actuelle Corfoue.)
                                                     chirico-le-retour-d27ulysse.jpg                                           Le retour  d'Ulysse (1968)  par Chirico

  
        LE RADEAU D'ULYSSE           

     Dix-sept jours il vogua sur les routes du large; le dix-huitième  enfin, les monts de Phéacie et leurs bois apparurent: la terre était tout près, bombant son bouclier sur la brume des mers.
    Or, du pays des Noirs, remontait le Seigneur qui ébranle le sol. Du mont Solyme, il découvrit le large: Ulysse apparaissait voguant sur son radeau. La colère redoubla dans son coeur, et, secouant la tête, il se dit à lui-même:

      Poséidon-
Ah! misère! voilà, quand j'étais chez les Noirs, que les dieux , pour Ulysse, ont changé leurs décrets. Il est près de toucher aux rives phéaciennes, où le destin l'enlève au comble des misères qui lui venaient dessus. Mais je dis qu'il me reste à lui jeter encore sa charge de malheurs!

  A peine avait-il dit que, prenant son trident et rassemblant les nues, il démontait la mer, et des vents de toute aire, déchaînait les rafales; sous la brume, il noyait le rivage et les flots; et la nuit tombait du ciel; ensemble,  s'abattaient L'Euros, le Notos, et le Zéphir hurlant, et le Borée qui naît dans l'azur et qui fait rouler la grande  houle.
    Ulysse alors, sentant ses genoux et son coeur se dérober, gémit en son âme vaillante:

      Ulysse-
 
Malheureux que je suis! quel est ce dernier coup? J'ai peur que Calypso ne m'ait dit que trop vrai!...Le comble des tourments que la mer, disait-elle, me réservait avant d'atteindre la patrie, le voici qui m'advient! Ah! de quelles nuées Zeus tend les champs du ciel! il démonte la mer, où les vents de toute aire s'écrasent en bourrasques! sur ma tête, voici la mort bien assurée!... trois fois et quatre fois heureux les Danéens, qui , jadis, en servant les Atrides, tombèrent dans la plaine de Troie!  Que j'aurais dû mourir, subir la destinée, le jour où, près du corps d' Achille, les Troyens faisaient pleuvoir sur moi le bronze de leurs piques! J'eusse alors obtenu ma tombe; l'Achaïe aurait chanté ma gloire...Ah! la mort pitoyable où me prend le destin!
 
   A peine avait-il dit qu' en volute, un grand flot le frappait: choc terrible! le radeau capota: Ulysse tomba hors du plancher; la barre échappa de ses mains, et la fureur des vents, confondus en bourrasque, cassant le mât en deux, emporta voile et vergue au loin, en pleine mer. Lui-même, il demeura longtemps enseveli, sans pouvoir remonter sous l'assaut du grand flot et le poids des habits que lui avait donnés Calypso la divine. Enfin il émergea de la vague; sa bouche rejetait  l'âcre écume dont ruisselait sa tête. Mais tout meurtri, il ne pensa qu'à son radeau: d'un élan dans les  flots, il alla le reprendre, puis s'assit au milieu pour éviter  la mort et laissa les grands flots l'entraîner ça et là au gré de leurs courants.

  
      Traduit du Chant V de L'Odyssée d'Homère (VIIIème siècle avant J-C) par V. Bérard  éd.Armand Colin-1931.
 
  



 

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